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Curieux, un jeune chimpanzé regarde dans la caméra. Sa mère reste en arrière-plan. Image capturée dans le parc national Grebo-Krahn au Libéria
Même les chimpanzés n’ont aucune idée de ce qu’est devenu le carbone bleu (© WCF)

Où est passé le Blue Carbon ?

19 mars 2026Liberia : En septembre 2023, une annonce venue du Libéria a secoué la communauté internationale. Blue Carbon, une entreprise basée à Dubaï — cet émirat riche en pétrole — avait pris le contrôle d’un million d’hectares de forêt tropicale pour vendre des crédits carbone — un projet soi-disant durable qui exploitait les communautés locales. Puis, aussi vite qu’elle avait émergé, l’entreprise a disparu.


Cet accord comportait un risque majeur : un protocole d’entente avec le gouvernement libérien aurait accordé à Blue Carbon le contrôle de plus d’un million d’hectares de terres pendant trente ans, soit près de 10% du territoire du Liberia. En échange, l’entreprise aurait obtenu des crédits carbone liés à la préservation de la forêt tropicale, qu’elle aurait ensuite revendus à des clients désireux de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre — au moins sur le papier.

Le coût réel aurait été entièrement supporté par les communautés locales : des hommes et des femmes dont les moyens de subsistance dépendent de la forêt, mais qui ont été tenus à l’écart des négociations et laissés dans l’ignorance de cet accord.

C’est frappant : Blue Carbon — cette entreprise présentée comme la « sauveuse du climat », fondée par le cheikh Ahmed Dalmook Al Maktoum, membre de la famille royale de Dubaï — a vu le jour en 2023, seulement quelques mois avant la conférence sur le climat COP28. Sans surprise, elle est basée à Dubaï, cet émirat pétrolier qui a justement accueilli le sommet. Tout cela n’était-il qu’une vaste opération de communication, une façade verte, du greenwashing ? Tout porte à le croire.

Car il semble que Blue Carbon se soit tout simplement volatilisée.

L’AFP ne trouve aucune trace de Blue Carbon

En novembre 2025, l’agence de presse AFP a publié une enquête retraçant la disparition de Blue Carbon. Le reportage révélait que l’entreprise n’était enregistrée dans aucun pays et n’avait laissé aucune trace d’activité sur le marché des crédits carbone. Son site web et ses comptes sur les réseaux sociaux avaient disparu, et toutes les tentatives de l’AFP pour la contacter — par e‑mail, par téléphone ou en personne — se sont soldées par un échec. Les journalistes ont même constaté que son bureau de Dubaï semblait avoir cessé d’exister.

Lorsque l’AFP s’est enquise de l’état d’avancement de l’accord Blue Carbon, Elijah Whapoe, président du Comité national de pilotage sur le changement climatique du Liberia, a déclaré : « Le projet a été suspendu. À ma connaissance, aucun effort n’est actuellement entrepris pour le relancer. »

À Monrovia, les défenseurs de l’environnement de notre organisation partenaire, le Sustainable Development Institute (SDI), n’ont eux non plus reçu la moindre information ni observé le moindre signe de Blue Carbon.

Nous clôturons la pétition

Notre pétition intitulée « Libéria : ne vendez pas vos forêts comme "droit à polluer" pour Dubaï ! » semble avoir atteint son objectif, même si ce n’est pas tout à fait comme prévu. Blue Carbon a tout simplement disparu, et ses projets au Libéria semblent avoir été abandonnés.

Nous clôturons donc la pétition et remercions chaleureusement les 72 984 personnes qui l’ont soutenue.

Nous restons cependant vigilants et continuerons à suivre la situation de près, au cas où Blue Carbon referait surface.

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