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Un homme dans une zone déboisée à Wanam, près de Merauke, en Papouasie du Sud
Dans le village de Wanam, il ne reste pratiquement plus de forêt tropicale (© The Gecko Project)
5 représentants du gouvernement, de l’armée et d’une entreprise d’armement devant une affiche
Des représentants de l’armée, du gouvernement et de PT Pindad posent la première pierre de l’usine de munitions (© Pusaka)
Carte du ministère de l’Alimentation : surfaces cultivables potentielles pour aliments, énergie et eau
Plan du ministère de l’Alimentation pour les routes, l’aéroport, le terminal portuaire, l’industrie, les rizières, les plantations de palmiers à huile et de canne à sucre, ainsi que l’élevage bovin dans le district de Merauke (© Kemenko Pangan)

L’usine de munitions à Merauke : un danger pour les Papous indigènes et la forêt tropicale

14 juil. 2026Indonésie : À Merauke, une nouvelle menace pèse sur les Papous indigènes et la forêt tropicale. Outre le projet PSN Merauke, un projet de production de sucre et de bioéthanol s’étendant sur 2,7 millions d’hectares, une usine d’explosifs et de munitions, sécurisée par l’armée, est en cours de construction sur les terres des autochtones. La coalition Solidaritas Merauke exige l’arrêt immédiat de ces projets.


Début juillet, des officiers des forces armées indonésiennes et la société PT Pindad ont posé, dans le sud de la Papouasie, la première pierre du quartier général d’un bataillon d’infanterie et d’une usine d’explosifs et de munitions.

La production devrait atteindre 1 250 tonnes d’explosifs et 170 millions de cartouches par an. L’Indonésie compte ainsi couvrir, d’ici deux à trois ans, ses besoins en munitions pour armes de petit calibre.

Les autochtones du peuple papou des Marind, qui vivent dans cette région, n’en savaient rien jusqu’à présent.

À Wanam et dans les régions environnantes de Merauke, le Projet Stratégique National (PSN) Merauke est actuellement en cours de réalisation, avec de vastes rizières, des plantations de canne à sucre et de palmiers à huile, ainsi que des usines de biodiesel et de bioéthanol. Selon les prévisions, ces installations devraient s’étendre sur 2,7 millions d’hectares. À ce jour, le gouvernement a autorisé le déboisement d’une superficie totale de 486 939 hectares de forêt tropicale et d’autres écosystèmes.

Tout comme le projet de production de sucre et de bioéthanol, l’usine d’explosifs et de munitions est entièrement située sur le territoire des populations autochtones. Les répercussions sur leur vie, leur culture, leurs traditions et l’environnement sont d’ores et déjà considérables. L’arbitraire, la violence et l’oppression règnent, et l’on assiste à des arrestations et à des détentions. Les populations sont chassées de leurs terres, et il y a déjà eu des morts.

Les forces armées indonésiennes (TNI) sont institutionnellement impliquées dans ce projet. En 2024/2025, cinq bataillons ont été déployés à Merauke pour sécuriser les défrichements. La simple présence de l’armée suscite la peur. L’usine et le quartier général s’inscrivent dans une stratégie visant à asservir la population, à consolider le pouvoir et à piller les provinces.


Communiqué de presse de Solidaritas Merauke

Solidaritas Merauke – une coalition regroupant des organisations de la société civile, des défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement, ainsi que des dirigeants de communautés autochtones – appelle le président à mettre immédiatement un terme à ces projets.

Le communiqué de presse complet en indonésien : Le projet stratégique national de développement de l’industrie de l’armement à Wanam, en Papouasie du Sud, porte atteinte aux droits des communautés autochtones

Voici les arguments avancés par la coalition :

Violation de la Constitution, des lois et du droit international

Il faut mettre fin sans délai à ces projets et à la militarisation. Ils portent atteinte aux principes du développement durable et de la démocratie, et enfreignent la Constitution, les lois et les accords internationaux relatifs aux droits de l’homme et à la protection de l’environnement.

Tant le PSN, destiné à la production de sucre, de bioéthanol et de riz, que l’usine d’explosifs et de munitions et les bases militaires implantées dans les territoires autochtones sont en contradiction avec les droits des communautés autochtones, le droit à un environnement intact et la loi sur l’acquisition de terres dans l’intérêt public.

Conformément à la Déclaration des Nations unies et à la Convention n° 169 de l’OIT relative aux droits des peuples autochtones (UNDRIP et OIT 169), l’industrie de l’armement et les bases militaires sont interdites dans les territoires autochtones.

Risques pour la sécurité

Les installations de production d’armes ou de munitions peuvent constituer des cibles militaires légitimes.

Par ailleurs, la population civile est exposée à des risques liés aux accidents, à la négligence ou aux manquements dans la manipulation des munitions. Avant la construction de telles installations, il convient de procéder à une évaluation approfondie des risques ; le choix du site doit respecter les normes de sécurité et garantir une protection maximale de la population civile.

Obligations de protection et de diligence de l’État et des entreprises

Nous appelons le gouvernement à appliquer les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, et à surveiller les entreprises (publiques et privées) afin d’identifier, de prévenir et d’atténuer les risques de violations des droits de l’homme.

Le gouvernement ne doit plus délivrer d’autorisations ni accorder de services publics aux entreprises dont les activités sont susceptibles de porter atteinte aux droits de l’homme et qui ne coopèrent pas à l’amélioration de la situation.

Nous appelons les entreprises, les investisseurs et les promoteurs impliqués dans ces projets à mettre en œuvre une procédure de diligence raisonnable fondée sur les normes relatives aux droits de l’homme et à appliquer le principe du consentement libre, préalable et éclairé (FPIC).

Le rôle de l’armée en Papouasie

La Papouasie est la région la plus militarisée d’Indonésie. Il n’existe pas de chiffres officiels, mais les organisations de défense des droits de l’homme estiment qu’environ 56 000 soldats réguliers (TNI) sont stationnés en permanence dans les provinces de Papouasie. Au total, si l’on ajoute les forces de police, on compte environ 83 000 membres des forces de sécurité.

Le gouvernement fait valoir que l’armée doit lutter contre le mouvement indépendantiste (selon la police, il s’agit d’un groupe de 1 438 criminels armés disposant de 361 armes à feu) et assurer la sécurité des industries vitales.

De nombreuses violations des droits de l’homme ont été recensées : exécutions extrajudiciaires, tortures et maltraitances, expulsions, restrictions à la liberté d’expression et de réunion, impunité des soldats.

 

Plus d’informations sur la militarisation et la destruction de la nature

 

Informations de contexte sur le  PSN Merauke :

Militarisation et la destruction de la nature

Les Nations unies demandent des éclaircissements sur le grand projet agricole PSN Merauke en Papouasie

Commission report: PSN Merauke sugar and bioethanol project violates human rights

Pig Feast – un film sur la déforestation et la résistance en Papouasie

Les données géographiques révèlent l’ampleur alarmante de la déforestation en Papouasie

Documents sur l’usine d’explosifs et de munitions en indonésien

https://suarapapua.com/2026/07/13/solidaritas-merauke-desak-hentikan-pabrik-propelan-dan-industri-pertahanan-di-wanam/

https://pindad.com/pindad-bangun-infrastruktur-pendukung-industri-pertahanan-di-kalimantan-selatan-dan-papua-selatan

https://tirto.id/pemerintah-akan-bangun-pabrik-bahan-peledak-di-wanam-papua-hiyc

https://humanrightsmonitor.org/id/laporan/laporan-triwulanan-papua-triwulan-iv-2025-memaksakan-pembangunan-dengan-kekuatan-jumlah-korban-melonjak-seiring-meluasnya-operasi-militer-di-seluruh-tanah-papua/
 

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