Opération militaire contre arbres et populations autochtones en Papuasie
Indonésie : Les Marind ont intenté un procès contre la construction d'une route en Papouasie. 2,7 millions d'hectares de forêt doivent céder la place à la culture de la canne à sucre, du riz et de l'huile de palme. Le ministre de la Défense qualifie cette route d’ « infrastructure contre la crise alimentaire » et sa construction d’« opération militaire hors contexte de guerre ».
Depuis le milieu de l’année 2024, des navires du groupe Jhonlin acheminent des centaines de pelles mécaniques à Merauke, dans le sud de la Papouasie. Des navires de croisière transportant des membres des forces armées indonésiennes (TNI) les suivent. C’est la plus grande opération de déforestation menée par l’État dans la dernière véritable grande forêt tropicale d’Indonésie, qui abrite le kangourou arboricole et l’oiseau de paradis
Dans le district de Merauke, des plantations de canne à sucre, de riz et de palmiers à huile sont en cours de création sur plus de deux millions et demi d’hectares. L’objectif est de produire du biodiesel et du bioéthanol dans le cadre d’un programme ambitieux consacré aux biocarburants. D’immenses rizières doivent être aménagées ; elles seront exploitées à l’aide de machines et gérées par des soldats.
Ce Projet Stratégique National de Merauke (PSN Merauke) comprend également des usines de sucre et de biodiesel, ainsi que des infrastructures telles qu’un port et des routes.
En septembre 2024, les travaux de déboisement et la construction d’une route de 135 km reliant les zones de culture à un port ont commencé, avec la participation de l’armée. En juillet 2026, 50 km de cette route sont déjà construits.
En septembre 2025, un an après le début des travaux, le régent (Bupati) a délivré l’autorisation environnementale requise.
La résistance et les manifestations contre ce projet insensé sont vives, tant sur place, à Jakarta, la capitale de l’Indonésie, que dans le monde entier. Les communautés concernées des peuples autochtones Marind et Yei érigent des barricades pour empêcher la déforestation et les travaux de construction. Elles marquent leur territoire à l’aide de hautes croix rouges et manifestent à Jakarta.
80 646 personnes signent notre pétition Halte aux coupes rases dans la forêt des indigènes marind ! pour lancer un appel au président, aux ministres et au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies : « Mettez fin au « Projet stratégique national de Merauke », arrêtez la déforestation, respectez les peuples autochtones de Papouasie ! »
Plus de 14 millions de personnes ont vu Pig Feast – le film sur la déforestation et la résistance en Papuasie. (Anglais)
Les populations autochtones ont désormais saisi la justice pour contester le permis environnemental délivré pour la construction d’une route de 135 km.
État d’avancement de la procédure judiciaire
- 5 mars 2026 : Cinq représentants des Marind déposent une plainte auprès du tribunal administratif de Jayapura contre le permis environnemental délivré pour la construction de la route.
- Juin 2026 : la procédure entre dans la phase d’instruction. Les plaignants demandent que les travaux de construction soient suspendus jusqu’à ce qu’une décision judiciaire soit rendue.
- Juillet 2026 : de nombreux témoins sont entendus, parmi lesquels des personnes concernées, ainsi que le régent de Merauke et le ministre de la Défense.
Témoignages
Les Marind déclarent que le déboisement et la construction de la route ont eu lieu sans consultation suffisante et sans leur accord. Au contraire, les militaires intimideraient la population.
Les plaignants font valoir que les travaux de construction ont été menés pendant un an sans l’autorisation requise et que leurs droits en tant que communauté autochtone ont été bafoués. Ils demandent au tribunal de faire cesser le projet.
Le régent de Merauke et le ministre de la Défense contestent en revanche l’affirmation selon laquelle une route serait construite sans autorisation environnementale. Il s’agirait d’une infrastructure nécessaire pour faire face au « risque d’une crise alimentaire globale ».
Le ministre a qualifié l’intervention de l’armée d’« opération militaire hors contexte de guerre ».
A plusieurs reprises, le tribunal a exhorté le régent de Merauke et le ministre de la Défense à suspendre les travaux de construction pendant le déroulement du procès. Ces exhortations n’ont toutefois pas été suivies.
Solidaritas Merauke
Solidaritas Merauke, une alliance regroupant des associations d’aide juridique, de défense des droits de l’homme et de protection de l’environnement, estime que les déclarations des témoins exposent clairement les faits juridiques. Premièrement, la construction de la route s’est déroulée illégalement pendant un an, en l’absence de permis environnemental. Deuxièmement, les documents environnementaux désormais disponibles n’ont pas force de loi et ne servent qu’à légaliser ce qui était illégal, selon Solidaritas Merauke. Troisièmement, les droits de la population autochtone sont bafoués.
Après avoir entendu les témoins, le tribunal dispose de faits et de preuves suffisants pour annuler l’autorisation accordée pour la construction de la route, estiment les juristes de Solidaritas Merauke.
En Indonésie, comme dans la plupart des États démocratiques, la sécurité intérieure relève en principe de la compétence de la police. Cependant, le président Prabowo Subianto a élargi considérablement le rôle de l’armée depuis son arrivée au pouvoir. La Papouasie en est un exemple flagrant. Cinq bataillons supplémentaires y ont été déployés. Dans le cadre du projet PSN Merauke, consacré à la production de sucre et de bioéthanol, l’armée ne se limite pas à assurer la sécurité des opérations de déboisement et de construction routière – les soldats procèdent eux-mêmes aux déboisements et aux plantations, et l’importance de leurs effectifs instaure un climat de peur.
Dans les États démocratiques, les opérations militaires menées en dehors d’un contexte de guerre sont strictement réglementées par la Constitution et le Parlement. Elles se limitent à l’aide en cas de catastrophe et à l’état d’urgence.
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